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Langage des enfants, langage des adultes à l’école maternelle, Mireille Brigaudiot.

vendredi 14 décembre 2007

Poser un regard lucide encore une fois sur ce que produit l’école maternelle, de par les attitudes, les postures de ses enseignants afin de progresser ensemble et d’entrevoir de nouvelles pratiques à mettre en oeuvre, de nouveaux « gestes professionnels ».

Des actes professionnels précis, réclamait Viviane Bouysse ? , Alors accrochez vous, à vitesse grand V, sans hésiter à faire un détour par la théorie, parce qu’il ne faut pas avoir peur de la théorie mais au contraire la revendiquer, Mireille Brigaudiot nous fait un show sur comment il faut parler avec et aux enfants. Grandiose.

Illustrant son propos à partir de corpus empruntés à Agnès Florin, Mireille Brigaudiot nous montre d’abord ce qu’est une situation langagière.....stérile, qui ne fonctionne pas puisque les élèves sont, comme bien souvent dans nos classes, placés en position de jouer au jeu de « Devine ce que j’ai (moi l’adulte) dans la tête... ». Une situation de langage des plus anodines, mais qui dérape parce que les savoirs en jeu sont non partagés à 100%, le point de départ et celui d’arrivée n’appartiennent qu’à l’adulte d’où une situation métaphysique pour l’enfant : face à l’enseignant qui attend des réponses précises, l’enfant cherche à faire plaisir à l’adulte en trouvant à tout prix quoi répondre, ou ne dit rien parce qu’il n’a pas conscience de ce que peut attendre l’enseignant.

Attention un grand moment de vérité : « Non, il ne faut pas faire parler les enfants ! » assène Mireille Brigaudiot, on nous l’a toujours dit, alors on le fait, mais de grâce repensons l’importance de la communication, des échanges, en somme cessons de vouloir les faire parler pour ne rien dire...

Détour théorique donc, avec présentation de schémas illustrant une situation de communication : là encore l’humour est au rendez vous, c’est le schéma de Shannon, technicien du téléphone qui conçoit la communication comme un va et vient entre un émetteur et un récepteur. Ici nulle place pour la pensée, l’implicite, on ne s’en tient qu’au contenu strict du message, des mots bruts...Or accéder à une portée réflexive du langage ce n’est pas ça...

On passe donc au schéma de la co-énonciation, celui où la pensée de l’énonciateur contient, prévoit, conçoit la pensée du récepteur : les échanges sont possibles parce qu’il y a un minimum de savoirs partagés.

Dans une situation de dialogue en co-énonciation, le locuteur et l’interlocuteur qu’ils soient dans une relation de consensualité ou de discordance sur leur sujet, ont un accord minimal à propos de ce dont ils parlent, leurs pensées s’accordent : ils désignent par les mêmes termes les mêmes choses. Même si leurs avis diffèrent ils appellent un chat un chat ...Dans une situation de monologue où il y a rupture entre le locuteur et l’interlocuteur, le premier dit seul, prend en charge son énonciation.

Mireille Brigaudiot nous révèle alors un nouveau malentendu de l’école : « les maîtres ne s’autorisent plus à être en monologue », ben oui ils ne font que poser des questions.... « Non, les enfants ne doivent pas tout construire tout seul, cela serait même dangereux ». Cessons donc de vouloir à tout prix tout de suite le dialogue, cela n’est pas possible, ce qui est normal parce que le dialogue, c’est ce que viennent apprendre nos élèves dans nos classes, ce que nous allons leur permettre de construire....Alors, retour en classe, comment on fait ?

Pour qu’une situation de dialogue puisse émerger en classe il faut que les représentations du sujet dont on parle soient partagées : là oui on peut se permettre de poser des questions, parce que préexiste un vécu commun. Il est là le secret, dans le vécu commun...

Alors, surtout, ne jamais montrer un album non connu en clamant « Qu’est ce que ça raconte ? »...que va-t-on construire avec ça ? On va repérer les élèves qui cherchent à nous faire plaisir, mais l’élève qui n’a aucune idée de ce qu’il pourrait bien répondre, que va-t-on lui apprendre ? Dans une situation que l’on veut propice aux échanges, à l’émergence du langage chez les enfants pour lesquels ont doit porter une attention prioritaire (souvenez-vous l’école du peuple décrite par Viviane Bouysse...), on partira dorénavant toujours sur du vécu commun, rappeler ce qu’on a fait, ce qu’on va faire. « On » ce sont les enfants et l’enseignant, ensemble dans le vécu partagé.

Il devient très simple de mobiliser la pensée des enfants : « De quoi vous vous souvenez », : l’enseignant tient le souvenir, il est là l’acte professionnel.

Un autre extrait de situation langagière (réussie celle-ci parce que l’enseignante est préoccupée par le partage autour de ce vécu commun) est présenté, c’est un modèle, parce qu’en plus de cette attention au souvenir, l’enseignante introduit du monologue dans le discours. Le monologue ce ne peut être que quelques mots, une phrase simple, mais une phrase d’explication destinées à ces fameux enfants nécessitant une attention prioritaire.

Le monologue, c’est une prise de parole pour expliciter un savoir non partagé. Et ce monologue l’initiative en revient au maître, c’est encore un acte professionnel. Chaque matin, dans les classes on peut entendre : « Quel jour on est ? », et fusent toutes les réponses possibles, alors que c’est tellement beau se délecte Mireille Brigaudiot, de chuchoter aux enfants : « je vais vous dire un truc, je suis sûre que personne ne vous l’a dit, mais...,... aujourd’hui, on est mardi, mar-di, hé oui, et vous savez quoi mardi, ça vient toujours après lundi, toujours, toujours toujours, .....vous allez vous en souvenir ? : le mardi, toujours après le lundi... »

La salle est subjuguée, l’exemple illustre à merveille qu’il faut exposer de nouveaux savoirs en prenant le point de vue des enfants qui sont le moins à l’aise sur le plan du langage, et ne pas poser de questions quand il s’agit de savoir référentiels non partagés...

Du concret ? Puisqu’il est question d’une maîtrise de la portée réflexive à acquérir en fin de GS : que les enfants puissent adapter leur discours à leur interlocuteur par exemple, le but des activités langagières à la maternelle est de permettre aux enfants d’être le plus à l’aise possible dans le dialogue.

En PS, ce qui prime c’est d’instaurer la confiance, partager le plus possibles de choses avec les enfants, parler, parler et encore parler de ce qu’on fait là, à l’école.

Partager avec eux sur deux registres : - parler du souvenir commun ; -parler de ce qu’on a là, sous les yeux, en regardant ensemble un album par exemple. Être en situation d’attente conjointe, c’est à dire adapter pour cela sa gestuelle, sa posture même : à côté, derrière l’enfant pour lui montrer de quoi on parle.

En somme il s’agit de retrouver une attitude......maternelle, c’est comme cela que les mères apprennent à parler à leurs enfants...

Les situations de rupture que sont les monologues et que l’on s’autorisera dorénavant porteront sur les «  savoirs du monde », en somme la culture, que l’on construit en la disant. De la PS à la GS, on se préoccupera de basculer de situations langagières empruntes de beaucoup de partage et tout petits moments de rupture à de plus grands moments de rupture attachés à de plus petits moments de partage.

L’échange est fort et intense, une vraie situation de partage et de communication, en retour le remerciement de l’intervenante pour avoir oser dire, pour oser la remise en question, accepter la lucidité et se remettre à travailler.

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