Retour accueil

fontsizeup fontsizedown impression envoyer l'article par mail envoyer par mail suivre la vie du site

École maternelle-familles, enjeux d’une professionnalisation des enseignants : intervention de Thierry Vasse.

vendredi 14 décembre 2007

Thierry Vasse est un « pédago », parcours complet : instit, directeur, IMF puis conseiller pédagogique, à présent IEN dans une circonscription de Vendée. Cette expérience de terrain lui permet de poser un regard précis sur cette relation indissociable de l’école maternelle : les enseignants et les familles des élèves...

Encore une fois il s’agit de regarder « avec lucidité » ces relations, il faut bien voir qu’à la base le partenariat est déséquilibré : les attentes des parents et des enseignants ne sont pas les mêmes, mais pour l’heure il s’agit de construire l’avenir de l’école en prenant en compte cette question. Alors autant la prendre en compte sans faux-semblant.

Par un bref exposé historique, Thierry Vasse nous rappelle qu’au fil de l’histoire on est passé de la notion d’éducation par la famille à l’avènement de la co-éducation :
- Dans notre état républicain, l’éducation des enfants est avant tout une affaire publique. * Mais au 19ème siècle, l’Etat construit la famille nucléaire pour lui transférer cette responsabilité éducative ; * au 20ème siècle l’éducation revient dans l’espace public, celle-ci devient une affaire sociale et professionnelle, on assiste à un processus de dé-familisation de l’éducation pour tendre à une notion de coopération. C’est l’explosion des institutions liées à l’enfance. Et....en contrepoint du professionnalisme des institutionnels, l’émergence de la prétendue incompétence des parents. * Avec les années 70, on re-familise l’éducation, la loi sur l’autorité parentale replace la famille comme une cellule de base. * Aujourd’hui notre défi est donc de construire la co-éducation. Il y a nécessité à soutenir les parents, s’impose le fait de devoir dépasser les impasses éducatives, les droits des familles sont d’ailleurs affirmés depuis un B.O de 2006.

Construire la co-éducation ? C’est à dire partager les responsabilités éducatives entre la famille et les autres institutions. Le jeune enfant est donc placé au centre du processus éducatif. C’est utiliser le cadre législatif au service de cette co-éducation, en particulier le recours à la communauté éducative. Cela impose de chacun des membres de cette dernière d’assumer sa part de responsabilité. Pour cela des principes éducatifs fondamentaux sont à partager et à garantir dans chaque institution, en particulier la non propriété de l’enfant, sa protection, sa promotion : l’accompagner vers son autonomie, accepter de perdre son pouvoir sur l’éduqué. Les conditions nécessaires à cette co-éducation se trouvent dans la nécessité d’une acceptation de la complémentarité des rôles de chacun.

Dans un deuxième temps, l’exposé nous invite à prendre conscience de ce qui se joue à l’école maternelle : de l’enfant on construit l’élève, et du parent on construit le parent d’élève...

En cela il y a une importante responsabilité portée par l’école maternelle : elle est le premier contact avec l’école, alors gare à nos représentations des familles et aux dérives que nous contribuons à construire. C’est en partie notre regard qui fait le parent d’élève. C’est à nous qu’il incombe en premier de confronter la famille à la difficulté, si elle existe, de son enfant...

Alors efforçons-nous d’accueillir chacun avec ce qu’il est en renonçant à toute forme de jugement, ne nous permettons pas de « conflit de loyauté » qui inciterait fatalement l’enfant à faire un choix, celui de se retourner uniquement dans le camp parental.

Construisons une communication sereine, passons d’une présomption d’incompétence des parents à une présomption de confiance...Soucions-nous de communiquer aux familles, de leur transmettre avant de se soucier de leur aptitude à recevoir. Nous avons nécessité à cohabiter, alors acceptons d’emblée la communication, c’est ce qui permettra une reconnaissance mutuelle, ce qui facilitera les choses si il y a à intervenir dans une situation complexe.

Traiter chacun à égalité, on retrouve tout simplement là un principe de base des valeurs du service public...Loin du sempiternel « avec les parents qu’il a aussi, comment veux-tu ?.... » Comment s’y prendre alors pour « Construire »le parent d’élève en gardant en ligne de mire droits et devoirs ? : Se souvenir qu’on s’adresse toujours au parent d’élève, pas au parent d’enfant, avoir pour principe de rester factuel, ne pas tomber dans l’interprétation.

En faisant un petit détour par la typologie des parents d’élèves selon une classification de Dubet, Thierry Vasse émaille son propos d’exemples sur nos attitudes de professionnels. On sent le public réactif, et si on appuyait un peu là où ça fait mal ? Encore une fois, soyons lucide....

En premier, viennent les parents partenaires, vous et moi quoi, les parents enseignants en somme, ceux pour qui sont construits tous nos outils de communication pour les familles, rires narquois dans la salle... En second les parents « faussements indifférents », ceux dont les codes culturels diffèrent tellement de ceux de l’école, qu’ils nous donnent l’impression de refuser d’y entrer. En vérité, ce n’est pas une démission, un désintérêt qu’ils trahissent mais une confiance aveugle, une sur-valorisation de notre travail, ils se reposent sur nous, ils ne vont quand même pas oser nous envahir nous qui sommes les professionnels...

En dernier lieu, les parents « trop concernés » ou « intrusifs », les consommateurs cyniques et exigeants...Pour eux s’impose de poser les limites, d’arrêter la toute puissance de la famille, et de se poser la question de jusqu’où doit-on construire la relation école-familles.

Pour ces parents envahissants, ne pas hésiter à recourir au secours des IEN nous enjoint Thierry Vasse, alors là ce ne sont plus des murmures mais des sourires bien plus qu’esquissés qui s’affirment dans les rangs. Le public est dubitatif, c’est le moins qu’on puisse dire, perturbé peut être ?

Après les constats, la lucidité de rigueur, vient donc le moment de s’atteler à la tâche : rechercher des pistes de réflexion pour une relation école/familles professionnalisée, donc plus efficiente. Il s’agit de nouveau d’acquérir des gestes professionnels.

Pour ce faire, d’une part affichons la lisibilité, la transparence et le professionnalisme de l’école maternelle : allons vers les parents, soyons pro-actif, sans jargon institutionnel. Montrons, expliquons, rendons lisibles et valorisons les réussites, dédramatisons...

Attention à ne pas rendre responsables les familles de nos propres difficultés professionnelles avec certains enfants, ayons le souci de ne pas porter de discours violent à l’encontre de leurs familles (en particulier dans nos écrits), évacuons les suspicions en nous affichant comme professionnels.

D’autre part, construisons la cohérence des actions de l’ensemble des professionnels de l’école : rendons lisibles les rôles de chacun des professionnels de l’école, partageons ensemble un sentiment d’appartenance à l’école, soyons cohérents entre nos discours et nos actes afin d’être crédibles, impliquons-nous chacun dans les axes définis par le projet d’école, ce sont les attitudes professionnelles à adopter.

Ces attitudes qui nous exposent nécessitent en parallèle de se protéger par d’autres gestes professionnels : penser à conserver le vouvoiement avec les familles, en d’autres mots et autres circonstances, restons chacun à sa place et pensons à nous appuyer sur d’autres professionnels si besoin, désamorçons les tensions le plus tôt possible afin de ne pas générer de malentendus, sachons reconnaître nos erreurs quand elles ont lieu...

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0 |

SNUipp-FSU 36

34 espace Mendès-France
36000 CHÂTEAUROUX
fixe : 02 54 07 61 39.
portable : 06.47.58.23.09.
mail : snu36@snuipp.fr