SNUipp-FSU de l’Indre
http://36.snuipp.fr/spip.php?article163
Compte rendu de la conférence de Gérard Chauveau sur les conditions d’apprentissage de la lecture
Université des quatre saisons, acte II /
mardi, 31 janvier 2006

Malgré la neige, nous étions plus de cent, samedi 28 janvier 2006, à être venu écouter Gérard Chauveau, chercheur à l’Institut National de Recherche Pédagogique, nous parler des mécalismes d’apprentissage de la lecture et de l’écriture, et démonter un à un les arguments de Gilles de Robien sur son désir de méthode syllabique.

Nous avons fait le choix cette fois-ci d’intégrer cette conférence / débat dans le cadre d’une demi-journée syndicale et l’actualité ne nous donne pas tort. Au départ moment purement pédagogique, l’initiative de ce samedi 28 janvier ne peut faire l’impasse des injonctions ministérielles sur les méthodes d’apprentissage de la lecture. Cette circulaire,(consultable sur le site de l’Inspection Académique) adressée aux recteurs, IA, directeurs d’IUFM, n’est pas encore parvenue dans nos écoles, mais quiconque va sur le site de l’IA en a connaissance. Elle a fait l’objet d’une présentation par le Ministre de Robien, lors de la conférence de presse du 3 janvier. N’oublions pas que cette circulaire a été officialisée dans le Bulletin Officiel n°2 du 12 janvier 2006

INTRODUCTION

Y aurait-il plus d’illettrés qu’auparavant ? L’étude réalisée en 2001 lors des Journées d’appel de la Défense, portant sur la totalité des jeunes d’une classe d’âge, révèle que 11,6 % éprouvent des difficultés diverses, parmi lesquels 6,5 % sont proche de l’illettrisme, mais tous les observateurs s’accordent sur le fait que c’est le taux le plus faible depuis 25 ans.

Les jeunes en savent-ils moins que leurs aînés ? Selon une enquête réalisée par l’Insee en 2002, 12 % de l’ensemble des adultes ont des difficultés de lecture, mais en comparant les tranches d’âges, on s’aperçoit que les jeunes sont moins touchés que leurs aînés : cela concerne 4 % des 18-24 ans... mais 13 % des 40-54 ans et 19 % des 55-65 ans.

Trop de jeunes sortent sans diplôme ? Rappelons qu’en 1975, 56,5 % de la population était non diplômée. Si aujourd’hui, 15 % d’une génération ne valide pas son second cycle long, c’est le cas de 18 % d’une génération dans la moyenne des pays de l’OCDE (et de 28 % d’une génération aux Etats-Unis).

Rappeler ces éléments, ce n’est pas pour autant négliger les 10 à 15 % d’élèves faibles lecteurs à l’entrée en 6ème (qui auparavant n’accédaient pas au collège). Qu’il soit plus insupportable aujourd’hui qu’hier de ne pas maîtriser suffisamment l’écrit pour se mouvoir dans la vie sociale, être autonome et accéder à l’emploi, chacun en convient. Mais peut-on parler de baisse de niveau ? Si on considère ces chiffres et les programmes, il s’agit plutôt d’une hausse - légitime - des exigences, sur les plans quantitatif et qualitatif.

André OUZOULIAS nous dit « Ne nous y trompons pas, avec la campagne contre la « méthode globale », il ne s’agit pas de travailler à une plus grande efficacité de l’école et à l’intérêt des enfants, mais de faciliter la mise en oeuvre d’un programme politique de refondation de l’éducation, en réaction contre les valeurs d’égalité, de solidarité, d’éducabilité et de démocratisation du savoir. Pour cela, il faut discréditer les pédagogues et l’idée même de pédagogie. Et il est tentant de le faire en présentant la « méthode globale » comme leur enfant monstrueux. »

En tout cas, les autres revendications des partisans de la syllabique pure ne peuvent que susciter l’effroi. (voir le bulletin de décembre de l’association « SOS éducation »)Sur leur site Internet, outre « la suppression de la méthode globale d’apprentissage de la lecture et de tous ses dérivés actuellement utilisés dans les écoles primaires (méthode mixte, méthode par hypothèse, méthodes à départ global) », ils demandent de « faire des classes qui soient socialement hétérogènes, mais intellectuellement homogènes ; supprimer le collège unique [...] ; créer un examen d’entrée en sixième [...] ; réformer les IUFM , qui sélectionnent les futurs enseignants sur leur conformité idéologique avec les pédagogistes officiels (...) ; limiter le pouvoir des syndicats d’enseignants... ». Les effets immédiats de cette offensive sont déjà mesurables. Le ministre a apeuré les parents, jeté le soupçon sur les enseignants et, en divers lieux, cela va conduire des groupes de pression à chercher à soumettre l’école à leurs diktats. Davantage de parents, vraisemblablement, lorgneront l’école privée en juin prochain (alors même qu’au CP elle utilise les mêmes supports que l’école publique !) Face à ces risques, les enseignants doivent établir un dialogue confiant avec les parents. Ceux-ci doivent savoir que, massivement, les maîtres respectent les enfants qui leur sont confiés et ont le souci de leur réussite ; quand ils choisissent une méthode de lecture, ce n’est pas selon des penchants idéologiques ou la mode du moment, mais de façon professionnelle et pragmatique. Un appel unitaire intitulé « apprentissage de la lecture : assez de polémiques des réponses sérieuses » a été signé par de nombreux chercheurs, dont Gérard Chauveau, des organisations syndicales, mouvements pédagogiques, associations partenaires de l’école. Il peut être également signé en ligne à l’adresse suivante http://www.snuipp.fr/article.php3?id_article=3019 Brigitte NICOLAS

SYNTHESE DE LA CONFERENCE DONNEE PAR GERARD CHAUVEAU :

Au regard de l’actualité, Gérard Chauveau a défini la question de l’enseignement de la lecture. Pour lui, le discours actuel sur l’enseignement de la lecture est grave pour deux raisons :
-  Un homme politique ne peut pas décider d’une vérité scientifique aussi bien sur des questions historiques ( la colonisation) que pédagogiques (la lecture).
-  Le monde de la pédagogie ne peut pas être coupé en deux avec une méthode syllabique d’un côté et globale de l’autre.

La question de l’enseignement de la lecture est l’affaire des chercheurs qui sont des professionnels produisant des connaissances et non des croyances ou des points de vue.

-  En moyenne 20% des élèves sont non-lecteurs !
-  5% chez les enfants de cadres.
-  33% chez les enfants d’ouvriers.

1/ L’enfant est confronté à 4 objets d’apprentissage lorsqu’il apprend à lire :

-  Le code écrit (les mécanismes de base du code), ce qu’on a appelé longtemps « la mécanique ».
-  Le code du lecteur ( l’ensemble des habiletés à maîtriser pour comprendre ce que l’on lit). On apprend à lire par une méthode interactive, la lecture est une activité mentale.
-  Le savoir écrire ( l’enfant doit être capable de produire des énoncés écrits) car on apprend aussi à lire en écrivant.
-  La culture écrite qui est constituée de plusieurs étages :
- 1. Les objets ( livres, albums, textes scientifiques...)
- 2. Les écrits ( informatifs, narratifs, littéraires...)
- 3. Les lieux ( bibliothèques, maison, librairies...)
- 4. Les vivants ( fréquentation de lettrés)

2/ Qu’est ce qu’un enfant non-lecteur ?

L’élève en difficulté a quatre problèmes suivant les quatre objets d’apprentissage de la lecture. G Chauveau propose des solutions pour travailler chaque objet.
- Les enfants doivent lire beaucoup, (beaucoup) en y passant au moins deux ou trois heures par jour, selon les programmes de 2002.
- L’enseignant doit cibler les points qu’il travaille en minimisant l’impact de variables parasites.
- L’enfant doit être sensibilisé à la nature de l’activité de lecture (les activités doivent faire sens pour lui).
- G. Chauveau fait référence aux travaux d’Emilia Ferreiro et aux ateliers « coup de pouce [1]

Pour certaines précisions, vous pouvez lire son article paru dans « les cahiers pédagogiques » n°422 ( p 55-56).

Gaël LESCAUD

La vidéo de la conférence est d’ores et déjà disponible sur CDROM (contacter le SNUipp de l’Indre si cela vous interresse).

[1] Clubs « Coup de pouce » CLE : Les Clubs de lecture et d’écriture « Coup de pouce » sont des actions d’accompagnement scolaire en lecture-écriture dont l’objectif est d’aider les enfants de CP les plus fragiles (ceux qui ne bénéficient pas hors de l’école d’une poussée culturelle forte, qui sont les plus éloignés de la culture écrite) à réussir dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Cette action est réalisée avec les familles, se situe hors temps scolaire et est conduite en étroite collaboration avec l’école. Ces clubs ont d’abord été créés à Colombes (Hauts-de-Seine) en 1989, puis à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) en 1992, et sont le fruit des travaux de recherche conduits par Gérard Chauveau. Les dispositifs ont essaimé depuis et ont évolué au cours du temps. Mais tous ont permis d’éviter l’échec dans l’apprentissage de la lecture à de nombreux enfants. Le dispositif demande un investissement important des équipes municipales. Le but est de fournir aux enfants l’occasion d’une pratique supplémentaire de l’écrit (abonnement de l’enfant à une revue, fréquentation de l’écrit sous toutes ses formes, écoute et création d’histoires, etc.) dans un contexte de plaisir, en sollicitant aussi bien la participation des familles que celle de l’école. Le fonctionnement de ces clubs repose sur la notion de contrats simples et faciles à respecter entre adulte(s) responsable(s) du club, enfant, famille et maître. L’adulte intervenant et ayant suivi une formation a une double mission auprès des cinq enfants dont il a la responsabilité : faire participer les familles à la vie du club en montrant les gestes simples qui leur permettront d’aider leur enfant et avoir quatre fois par semaine, pendant une heure et demie après l’école, une activité de lecture-écriture. Il s’agit d’activités simples, variées, brèves, ludiques, ne concernant que la lecture et l’écriture. Chaque séance se conclut par la lecture d’une histoire. Une évaluation conduite à Colombes montre les effets très positifs pour la réussite en lecture de ces dispositifs : environ deux tiers des enfants jugés fragiles en lecture à l’entrée des Clubs « Coup de Pouce » ont réussi de manière satisfaisante leur apprentissage de la lecture. Voir, sur le site BienLire, une présentation détaillée de l’opération Coup de Pouce Clé. » qu’il a initiés