SNUipp-FSU de l’Indre
http://36.snuipp.fr/spip.php?article398
POURQUOI IL FAUT DEFENDRE L’ECOLE PUBLIQUE ET LAÏQUE 
Tribune libre /
jeudi, 9 octobre 2008

« Le temps de gratouiller ici et là est terminé. » (le Recteur Gaudemar)

« Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. » (préconisation de l’OCDE)

« Economiser 8 000 postes, c’est ça l’enjeu. » (Luc Ferry sur la suppression du samedi matin et des postes de RASED)

« Les relations sociales prennent un autre tour »( Claude Guéant justifiant le président de la République quand celui-ci a dit que « quand il y avait une grève, on ne s’en apercevait pas ».)

Quatre expressions parmi tant d’autres qui synthétisent à elles-seules la situation actuelle de l’Education nationale dans notre pays : la volonté de casser le système éducatif à toute vitesse, le cynisme et l’hypocrisie qui accompagnent, à tous les niveaux, cette destruction et la politique catastrophique de cogestion qui trouve des relais dans la corporation.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que le système éducatif et les enseignants fonctionnaires qui le servent sont attaqués, certaines responsabilités étant bien partagées ; simplement, cette offensive de démantèlement prend une ampleur nouvelle qui n’est en aucun cas une surprise. La classe dominante ne veut plus se donner les moyens d’une Education égalitaire pour tous les élèves quel que soit le milieu social et s’appuie sur le pacte de stabilité de l’Union européenne qu’il suit à la lettre en sacrifiant les missions essentielles d’une nation civilisée ; le patronat, lui, entend former à sa convenance les futurs travailleurs…exploités, soucieux avant tout de prendre sa revanche et de détricoter tous les acquis sociaux ou éducatifs obtenus depuis la Libération.

Démagogie, bourrage médiatique, clichés, contre-vérités, utilisation fallacieuse de bilans pour faire passer des contre-réformes tout en omettant d’autres analyses (exemple de certaines enquêtes internationales PISA), comparaison systématique et absurde avec d’autres pays qui ont ni notre histoire ni nos acquis telle la spécificité de notre école maternelle, basse culpabilisation dans une société ultra-précarisée, volonté de division permanente pour mieux briser, …le bien…le mal…tout est utilisé pour arriver …aux mesures Darcos contre l’école :
- 11 200 postes supprimés en 2008, 13 500 prévus en 2009
- Suppression de la carte scolaire : une étude PISA jamais médiatisée a démontré que cette suppression, en Allemagne ou en Belgique, a entraîné l’augmentation des inégalités sociales
- 2 heures de classe en moins par semaine, 78 h sur l’année, ce qui contrairement à tout ce qui est clamé fait que nous avons moins d’heures de cours que beaucoup d’autres pays d’Europe
- Mise en place d’un service minimum en cas de grève …et d’absence d’enseignant en arrêt de maladie : la porte ouverte à toutes les dérives, la circulaire du 23 septembre démontrant la nocivité extrême de « l’accord conclu »
- Attaque généralisé contre le statut de fonctionnaire
- Suppression des classes de BEP, projet de contre-réforme du lycée, loi LRU pour les universités liées aux entreprises Sans oublier les attaques violentes sous des formes multiples et directes contre la laïcité, base de la neutralité publique et du principe de respect des convictions, telle encore dernièrement cette autre circulaire de septembre adressée aux maires leur imposant de calculer le coût moyen d’un élève…pour comparer avec les écoles privées ! Il est facile dans ces conditions de tirer sur le système éducatif comme il est de bon ton actuellement et dans un objectif bien ciblé : le casser et l’utiliser dans l’intérêt du patronat. Pour faire mourir un service public, la méthode est toujours la même : on le prive de moyens petit à petit, le service diminue automatiquement de qualité, on crée une « commission d’experts » qui en décide la fermeture ...ou la privatisation. Face à un tel déferlement, tout à fait prévisible, que faire ? D’abord mener son combat au nom de la défense de tous les services publics menacés (hôpitaux, poste, permanences sociales, DDE, …) et non de manière exclusivement corporatiste ; en finir avec des journées d’action dispersées, désespérantes et sans suite. La mobilisation de la fonction publique et des enseignants a été réelle plusieurs fois…mais est retombée faute de volonté des directions syndicales d’aller au bout du mouvement de protestation et de grève. Mais aussi lier cette lutte de manière interprofessionnelle, privé-public ensemble : la retraite et la santé ne sont-elles pas des préoccupations fortes et communes  ? Ensuite rassembler d’une manière unitaire, non pas sur un consensus mou basé sur un texte sans signification et sans perspectives mais sur une plate-forme revendicative claire et nette, tirant vers le haut le système éducatif et les services publics. Enfin refuser de négocier des régressions qui s’ajoutent les unes aux autres, de signer des textes qui font le jeu de ceux qui dirigent (sur le droit de grève, symbolique à tout point de vue). S’asseoir à une table avec le patronat et le gouvernement n’est pas un but en soi encore plus si c’est pour accompagner des contre-réformes qui font reculer nos acquis des décennies en arrière ; il faut porter nos revendications et non pas se laisser imposer le retour aux privilèges, à la charité, à l’exploitation. « L’Éducation nationale doit former des citoyens qui puissent réfléchir » a conclu le président d’une FCPE départementale de la région parisienne.

C’est pour cette raison qu’il faut défendre l’école publique et laïque : il s’agit d’un engagement humaniste qui dépasse le mur de l’école et touche au principe même de liberté.

Jean Annequin Enseignant à Pouligny Notre Dame