SNUipp-FSU de l’Indre
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Visite de Chatel dans l’Indre : la grande mascarade
vendredi, 13 mai 2011
/ Sophie Grenon
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chatel aux planches

Le ministre de l’Education Nationale était hier en visite dans la région. Il a d’abord visité deux écoles du Loir-et-Cher : Vouzon, où un tableau numérique a été installé pour permettre à un enfant malvoyant de suivre sa scolarité avec ses camarades de classe et Pruniers-en-Sologne où l’on utilise des tableaux interactifs. Le Ministre a plaidé pour le développement du numérique dans les écoles, estimant qu’un enseignement plus ludique rendrait les élèves plus attentifs. Il a même été jusqu’à affirmer que les élèves bénéficiant des nouvelles technologies réussissaient mieux… soit.

Mais le plus drôle restait à venir….

Après avoir richement déjeuné dans un relais et château du Loir et Cher, le sieur Chatel, accompagné de 6 véhicules remplis de personnes sans doute très importantes et très concernées par le décrochage scolaire, s’est rendu dans la bonne ville de Chabris.

Pourquoi à Chabris vous demandez vous… et bien parce qu’à Chabris, pas de fermeture de classe pardi, et c’est à 50 kilomètres de Châteauroux donc… pas de syndicalistes ! Pour être sûr de ne pas voir arriver de troubles fête, la visite était prévue à 13h30… ce qui, il faut bien l’avouer nous a bien handicapé pour pouvoir mobiliser les troupes…mais monsieur Chatel nous avait sous-estimé car nous étions quand même là, encadrés d’une compagnie de gendarmes (soit une cinquantaine de polos bleus…) !!

Il a donc visité une classe de maternelle où il est resté à peine 20 minutes, ne prenant même pas le temps d’assister à toute la séance préparée par la collègue. Il a ensuite dit 2 mots aux journalistes qui l’attendaient : allocution que vous pouvez voir ici.

En somme, il a expliqué à la journaliste qui lui faisait part des inquiétudes des parents face aux fermetures de poste que je cite : « l’Education Nationale est un service de proximité, pour bien fonctionner, elle a besoin d’équipes pédagogiques suffisantes et d’un nombre d’élèves suffisant. Il y a 3 ouvertures de classes dans le département cette année (et 65 fermetures, mais il ne le précise pas…). On doit donc adapter, ajuster les moyens en fonction de la démographie locale. Pour qu’une école fonctionne bien, il faut penser résultats pour les élèves et qualité de service pour les parents ( exit la pédagogie et l’élève au centre des apprentissages) avec une garderie tôt le matin, une demi pension etc. »

Traduction : fini les petites écoles de campagne où l’on travaillait paisiblement avec des doubles ou triples niveaux à 15 élèves, un système d’entraide et de tutorat. Vive les classes à niveau simple à 30 élèves, dans de grosses structures centralisées qui nécessiteront que les enfants aillent loin de chez eux, à la garderie matin et soir en passant par la case cantine… EPEP, vous avez dit EPEP ???

Sorti de Chabris en grande pompe, toujours accompagné de ses 6 véhicules, Mr le calife s’est dirigé vers Châteauroux pour une table ronde sur le décrochage scolaire. Nous avons cru y apercevoir Mme l’inspectrice d’Académie et des personnels de l’IA, Mr Forissier, Mr Bonneau et moult autres notables du monde éducatif de la région centre, j’emploie le verbe distinguer parce que nous étions à l’extérieur avec nos banderoles. Non, nous n’étions pas invités, faire une table ronde sur le décrochage scolaire ne nécessite pas la présence de représentants de parents d’élèves ou du personnel, vous vous en doutez bien. Nous avions demandé à être reçus, naïfs que nous sommes, Mr Chatel nous avait alors proposé un entretien avec un conseiller technique mais pas à la préfecture, à l’Inspection académique, dans un placard, pour être sur que nous ne croisions pas la délégation officielle, nous n’avions rien à y faire, évidemment ! Nous avons décliné l’offre du ministre, regrettant d’être relégués au rang de spectateurs quand on évoque le décrochage scolaire dans un département où les fermetures de classe n’ont jamais été aussi nombreuses et les écoles rurales aussi menacées.

Mais réjouissons-nous, car si nous avions été à l’intérieur nous n’aurions pas pu jouer au jeu du chat et de la souris avec la police et les services d’ordre de Mr Chatel. N’ayant pas pu le rencontrer à l’intérieur, nous tenions à lui faire savoir notre mécontentement et notre inquiétude, nous étions donc une 50aine, d’enseignants , parents, et militants à l’attendre devant la préfecture. Pas avec des pioches et des grenades, non non, seulement avec des calicots…mais le ministre a préféré fuir… il est sorti par une porte dérobée, fier qu’il est de la politique éducative de son gouvernement.

Sur cette entrefaite, il s’est rendu à Nohant, encadré cette fois par un nombre impressionnant de CRS, une compagnie de 6 cars… sur le thème des visites d’élèves conventionnées dans ce haut lieu des Monument nationaux.

C’est donc avec 2 heures de retard qu’il s’est rendu à son meeting UMP à St Maur où l’attendaient une cinquantaine de militants UMP, certes un peu grisonnants mais dont il émanait une bonne odeur d’eau de Cologne … Et nous étions toujours là, cette fois un peu plus nombreux, soit une centaine d’enseignants , parents, et militants soucieux de l’avenir de l’école et de nos chères têtes blondes. et nous avons bien fait de l’attendre puisqu’à 20heures, il arriva, cette fois sans escorte policière mais avec des gardes du corps bine décidés à nepas nous laisser l’approcher... Vous pouvez juger de la tonalité des échanges avec le ministre en suivant ce lien

Sophie Grenon.